Reconversion professionnelle : harcèlement et Burn-Out #1

 

Hey hey hey !

 

« La chute n’est pas un échec. L’échec c’est de rester là où on est tombé. » – Socrate

“Respecter l’autre, c’est le considérer en tant qu’être humain et reconnaître la souffrance qu’on lui inflige.” – Marie-France Hirigoyen

 

J’espère que vous allez tous bien ?! Aujourd’hui je viens vous parlez un petit peu de ma reconversion professionnelle. Comme vous le savez sûrement si vous avez lu mon « qui suis-je ? » (ou cet article), j’ai entamé, l’an dernier un changement professionnel qui m’a conduit à être diététicienne aujourd’hui.

J’ai reçu quelques questions à ce sujet et j’ai donc décidé d’en faire une petite chronique en mode avant/pendant/après la reconversion. Je vais essayer de lister des astuces et conseils pour vous aider éventuellement dans vos projets. Je vais baser mes écrits sur ma propre expérience, évidemment (on ne parle bien que de ce que l’on a vécu), mais cela ne constitue en aucun cas d’une généralité. Mon cas étant quelque peu particulier…

Mais avant de parler de comment j’ai fait ce que j’ai fait, il faut d’abord comprendre pourquoi je l’ai fait…


Pourquoi ai-je changé de métier ?

 

J’ai toujours su, ou du moins j’en étais persuadée, que je n’exercerai pas le même métier toute ma vie. J’aime apprendre, comprendre et découvrir sur tellement de sujets que je trouve cela frustrant de devoir choisir une seule et unique voie et de se restreindre à celle-là. Certains ont la chance de n’aimer qu’une seule chose, et trouve LA voie qui leur correspond, je ne fais pas partie de ceux-là, et je les envie secrètement parfois.

Pour autant, j’ai aimé travailler en laboratoire, vraiment. Sincèrement. C’était extrêmement intéressant, je me sentais utile. J’avais la « chance » de travailler sur un plateau technique (là où on analyse les échantillons), ce sont les postes les plus intéressants, on y fait le « vrai » métier de technicien de laboratoire, celui pour lequel on a été formé.
Mais le métier a changé, les biologistes sont devenus des directeurs d’entreprises, et comme chaque directeur d’entreprise, leurs intérêts ont changés également. Adieu convivialité, sens du devoir/du service et envie d’aider l’autre, bienvenue au rendement, au chiffre et au « toujours plus ».
Pour vous donner une petite idée, quand j’ai commencé (en alternance en 2011), nous nous occupions de 250 dossiers de bactériologie (science des petites bêtes 😉 ) par semaine, quand je suis partie l’an dernier, nous étions à environ 850 dossiers.
La charge de travail a drastiquement augmenté, les heures sup’ également, mais pas le nombre de techniciens, ni le salaire. Mais s’il n’y avait eu que cela… Mais le harcèlement a commencé.

Harcèlement et Burn-Out Rainbow&Runlight

Harcèlement : Méfiez-vous des apparences

Ma chef était un despote moderne. Du genre de ceux dont on ne se méfie pas assez. Perverse.
Lorsque l’on est une femme, on craint souvent les hommes au travail. J’entends par là qu’on entend plus souvent des histoires sur les supérieurs hommes qui harcèlent leurs employées, rarement des femmes. J’ai appris de mes erreurs. Les hommes, du moins ceux que j’ai côtoyé dans le cadre de mon travail, étaient agréables, conciliants et surtout détachés. Trop peut-être. Limites aveugles et sourds, mais surtout muets face aux agissements des autres.
Les « autres », se sont les femmes. Les femmes qui, elles, en revanche, étaient perfides, castratrices, dominantes. Comme si, de peur de ne pas se faire respecter, avaient un besoin pervers de montrer leur supériorité.

Je n’avais rien contre elles, j’ai toujours eu du respect pour mes supérieur(e)s (et les autres également..). Je suis le genre de personne a profondément respecter l’autorité et les règles établies. J’étais l’élève bavarde mais respectueuse, trouillarde du moindre mots dans son carnet. L’adulte du genre à aimer le travail bien fait et qui s’évertue à le faire sans erreur. Dans le médical, ne pas faire d’erreurs est la moindre des choses me direz-vous, mais croyez le ou non, tout le monde n’a pas la conscience professionnelle nécessaire pour ne pas en faire. Certains collègues en ont fait. Ma chef également. Parfois des graves, du genre de celles qui peuvent coûter la vie à un patient. Des erreurs que j’ai eu l’occasion de rattraper quelques fois. Et des erreurs que je n’ai pas commises. (Je ne suis pas parfaite, mais j’ai la conscience tranquille à ce sujet)

Et pourtant j’ai été traitée comme de la m*rde. Traînée dans la boue par une petite chef en manque d’autorité qui avait décidé que « les jeunes ne savent pas travailler ». J’aurai pu écrire un livre sur son imbécillité, son manque de respect et son nombre incalculable de défauts. C’était une personne intellectuellement supérieure à la plupart des gens que je connais, mais tellement émotionnellement vide. Vide de bon sens, vide d’amour, vide de vie, tout simplement.
J’ai été insultée, humilié, rabaissée mais j’ai tenu 3 ans. 3 ans jusqu’à ce qu’elle me pousse à la faute par épuisement. 3 ans jusqu’à ce qu’elle prononce les phrases de trop : « La loi ici, c’est moi. Si vous voulez partir, la porte est ouverte. »

Alors, j’ai suivi son conseil, et j’ai pris la porte. Le soir même ma lettre était rédigée, le lendemain elle était postée. Et je suis partie. Le 10 août 2016. Elle venait de me donner le coup de pied au cul dont j’avais besoin. Et ce fût la libération !

Lettre de démission rainbow et runlight

Burn-out : nouvelle mode ou fin du silence ?

On se dit toujours « ça n’arrive qu’aux autres » ou « je suis ne pas fragile moi ». La réalité est tout autre. Ce que j’ai vécu peut arriver à n’importe qui, mais je ne vous le souhaite pas.

Je ne suis pas ici pour me plaindre, ce qui a été fait est derrière moi, mais j’estime qu’en tenant ce blog, il était important que j’en parle. Que je vous en parle. En toute sincérité.
De plus en plus de monde en parle, mais ce n’est pas une nouvelle mode. Je pense qu’il s’agit de quelque chose d’ancien que beaucoup de monde s’évertuait à taire et qu’il est bon de dénoncer.

Cet article est là pour expliquer ce qui m’a poussé (aidé ?!) à changer de vie. Raconter mon vécu c’est à la fois tourner définitivement la page mais également aider les autres. Comment ? En mettant des mots sur des maux. Je pense sincèrement qu’il faut en parler, briser le tabou pour aider ceux qui en souffrent actuellement ou en ont souffert.
Parler également pour expliquer qu’il n’y a pas de sexe, d’âge, de métier, ou de faiblesse particulière pour être harcelé, ou pour connaître le fameux « Burn-Out ».
Parler pour dénoncer ce qui peut arriver derrière les portes des entreprises.
Plus nous en parlerons, et plus nous seront à même de pouvoir identifier les signes avant coureur.
Alors s’il vous plait, si vous êtes dans cette situation ou l’avez été, parlez-en. Pour vous. Pour les autres.

Qu’on se le dise : NON, le Burn-Out n’est pas une mode inventée par les Bobos, les flemmards, les jeunes, les vieux, les anarchistes, les bien-pensants, les philosophes, les médecins, les psychologues, les faibles ou n’importe qu’elle autre groupe social.

Dans mon équipe, tout le monde était d’accord sur le fait que ses agissements étaient inappropriés et souvent hors du cadre de la légalité. Et pourtant, quand il fallait trouver du monde pour appuyer mes dires, la plupart étaient aux abonnés absents. Les « vieux » protégeaient leurs privilèges, les « jeunes » n’étaient pas jugés « crédibles » et les supérieurs fermaient les yeux sur ce qu’il se passait, c’était « dans ma tête » qu’ils disaient… Rendez-vous compte, 23 ans et folle… Joli tableau !

J’allais travailler la boule au ventre. Je savais à quelle heure je commençais, jamais celle à laquelle je rentrerai. (La semaine précédent ma démission j’avais travaillé plus de 50 heures. Heures que nous n’avions « pas le droit » de rattraper…). J’étais épuisée physiquement, moralement et émotionnellement. J’étais agressive, triste, renfermée, je pleurais pour rien, m’énervais pour rien. Je dormais mal et rêvais de mon travail la nuit. Je me réveillais en sursaut pensant avoir mal fait/oublié des choses. (Quand je l’ai signalé, on m’a répondu en rigolant « c’est normal ça, vous avez une conscience professionnelle ahah »). Nous n’avions pas le droit de parler (ils ont posé des plexiglass entre nos paillasses pour empêcher cela), d’aller boire, pour ne pas devoir aller aux toilettes. (J’ai même eu droit à une lettre d’avertissement pour « bavardages »)

Le sport ne me suffisait pas. Lui qui avait été mon salut pendant longtemps, ne me permettait plus d’évacuer mon stress. Au contraire, il était devenu une source d’angoisse supplémentaire. J’étais confronté à ma fatigue et mon incapacité de progresser. J’ai enchainé les blessures bêtement.

Le jour où j’ai annoncé à mon chef que j’avais envoyé ma démission, il était dubitatif. Il m’a demandé pourquoi, et je lui ai dis. Je lui ai raconté ce qu’il savait déjà et taisait depuis le début. Il m’a juste répondu « parlez lui avant de partir, vous savez, le problème, c’est que toutes les deux vous êtes extrêmement perfectionnistes, mais pas sur les mêmes points. Et puis, elle n’a pas eu une enfance facile. ». Alors voilà, on en est encore là. « L’enfance difficile » explique tout, justifie tout, pardonne tout. Pas pour moi, désolée.

Qu’on se le dise tout de suite, on n’est pas crédible de dire que l’on fait un Burn-Out à 20 ans. On nous prend pour un petit branleur qui ne veut rien faire de sa vie. Un enfant pourri gâté. Une fille à papa trop sensible. (La tendance change pourtant…)
J’étais folle et intolérante en plus. Mais la vérité, c’est qu’après mon départ, 5 personnes ont suivi. Et avant moi 14 personnes étaient parties. Je n’étais pas aussi seule comme a voulu le prétendre… Cela m’a rassuré d’un côté, ce n’était pas MA faute, je n’étais pas inapte à exercer mon métier ni inadaptée au travail. Mais cela n’a pas enlevé la douleur de l’échec. Parce qu’il s’agissait d’un échec à l’époque pour moi. J’étais en CDI, et j’ai dû partir parce que j’étais faible. Je n’ai pas réussi à encaisser ou empêcher cela d’arriver. Je l’ai laissé prendre le dessus. Puis j’ai réfléchie, j’ai pris du recul sur cette situation et j’ai compris. J’ai pensé et pansé mes plaies.

Elle m’avait dégouté du métier, et le labo c’était fini pour moi. Il me fallait autre chose. Signer un nouveau départ. Et pour cela il fallait changer de métier pour tourner la page. J’avais tenu bon, le temps de trouver ce que je voulais vraiment faire.

Et c’est comme ça que j’en suis arriver à reprendre le chemin de l’école, mais je vous raconterai ça au prochain post, ça ferait trop d’un coup sinon ! 😉

Blouse rainbow&runlight

Voilà, j’ai écris ici les prémices de mon changement de vie. La genèse de ma renaissance. C’est beau n’est-ce pas ? Et triste aussi, quand on y pense…

 

Avez-vous déjà été confronté à ce genre de situation ?

Comment avez-vous réagit ?

Prenez soin de vous

 

 

NB : J’ai discuté dernièrement avant certains anciens collègues. Parmi les départs enregistrés, 7 ont changés de voie ou sont en train de le faire, marquant une envie de tourner définitivement la page. Une m’a avoué ne pas avoir réussi à « oublier » ce qu’elle avait vécu. Elle est jeune et se sent dégouté de ce métier. Elle veut changer de vie mais sait, je cite, « au fond d’elle même qu’elle n’oubliera jamais ce qu’elle a vécu là-bas ».

NB 2 : Cet article n’est que le reflet de mon vécu personnel et n’est en rien exhaustif.

Publié par

24 ans, diététicienne overbookée mais passionnée; de sport(s), de découverte(s), et bien d'autres encore, vous accueille dans son univers parfois décalé mais parfaitement ancré dans ses runnings ;)

4 commentaires sur « Reconversion professionnelle : harcèlement et Burn-Out #1 »

  1. Le burn-out est bel et bien quelque chose de reconnu et c’est bien l’un des maux de notre siècle. Le manque de reconnaissance et l’individualisation font que le travail n’est plus serein. Boris cyrulnik en parle très bien !
    En tout cas, c’est très courageux de faire une reconversion, ca peut être très effrayant ! Donc chapeau ! 😀
    https://la-parenthese-psy.com/

    Aimé par 1 personne

    1. Malheureusement oui… c’est tellement dommage qu’on en soit arrivé à ce genre de choses..
      C’est à la fois courageux et très lâche d’un côté, du moins c’est ce que j’ai pensé au début, j’avais l’impression de fuir un problème que je n’avais pas été capable de résoudre. Mais je préférais prendre le risque de me préserver.. et je n’ai aucun regret !
      Merci d’avoir commenté en tout cas ! 🙂

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